Affaire Martinez Zogo : le rapport du Pr Bell Bitjoka relance le débat sur les véritables responsabilités dans l’assassinat du journaliste

Nouveau rebondissement dans le procès de l’assassinat de Martinez Zogo. Lors de son audition devant le Tribunal militaire de Yaoundé le 1er juin 2026, le professeur George Bell Bitjoka a présenté les conclusions de son expertise numérique et criminalistique. Son rapport, fondé sur l’analyse de téléphones, de comptes numériques et de matériels informatiques saisis dans le cadre de l’enquête, apporte de nouveaux éléments sur les circonstances du crime tout en affirmant n’avoir trouvé aucun lien direct ou indirect entre Jean Pierre Amougou Belinga et l’assassinat du journaliste.

Une expertise numérique au cœur du procès

Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, le professeur Bell Bitjoka a détaillé la méthodologie utilisée pour mener ses investigations. L’expert a expliqué avoir analysé les contenus numériques de plusieurs personnes impliquées dans le dossier, notamment des téléphones portables, des échanges électroniques et des équipements informatiques saisis au cours de l’enquête.

Selon son rapport, aucune donnée technique n’a permis d’établir un lien direct ou indirect entre Jean Pierre Amougou Belinga et l’exécution de Martinez Zogo. Cette conclusion constitue l’un des points les plus marquants de son témoignage et pourrait peser dans l’appréciation judiciaire des responsabilités individuelles.

Des images qui confirment les violences subies par Martinez Zogo

L’audience a également été marquée par la présentation de contenus vidéo particulièrement éprouvants. Des séquences extraites d’un compte numérique associé à l’un des accusés montreraient le journaliste dans un état critique, grièvement blessé et abandonné sur un terrain sablonneux.

Ces images, décrites comme extrêmement choquantes, apporteraient selon les débats judiciaires une confirmation visuelle des sévices infligés à la victime avant son décès. Elles ont suscité une vive émotion parmi les parties présentes à l’audience et renforcé l’ampleur du choc provoqué par cette affaire au sein de l’opinion publique.

Le groupe WhatsApp « Soa » et le rôle présumé du commando

Le rapport forensique présenté au tribunal retrace également l’activité d’un groupe WhatsApp baptisé «Soa», qui aurait servi à suivre les déplacements et les habitudes de Martinez Zogo avant son enlèvement.

D’après les analyses techniques exposées par l’expert, plusieurs échanges et données de géolocalisation permettraient de reconstituer les mouvements de certains membres présumés du commando le jour des faits. Le rapport identifie notamment le colonel Justin Danwe comme une figure centrale de l’opération. Des rencontres et communications entre différents protagonistes auraient également été mises en évidence grâce à l’exploitation des données téléphoniques.

L’expertise fait aussi état de transferts d’argent réalisés par voie électronique, élément susceptible d’alimenter davantage les investigations sur l’organisation du groupe impliqué dans cette affaire.

Des échanges qui soulèvent de nouvelles interrogations

L’un des passages les plus commentés du témoignage concerne les communications attribuées au colonel Justin Danwe et à Modeste Mopa Fatoing.

Selon l’expert, l’analyse de conversations cryptées a révélé une fréquence importante d’échanges entre les deux hommes durant plusieurs mois précédant l’assassinat de Martinez Zogo. Certains extraits évoqués devant le tribunal feraient référence à des stratégies, à des discussions autour d’un prétendu retournement de situation ainsi qu’à des personnes désignées sous différents surnoms.

Ces éléments ont relancé les spéculations sur les motivations réelles du crime et sur l’éventuelle implication d’autres acteurs encore non identifiés dans la préparation des événements.

Une affaire qui continue de diviser l’opinion

Alors que le procès se poursuit, les débats restent particulièrement vifs sur les réseaux sociaux et dans les médias. Plusieurs commentateurs, journalistes et activistes continuent d’interpréter différemment les éléments présentés devant le tribunal.

Les soutiens des différents protagonistes s’opposent régulièrement sur la lecture des faits, alimentant une forte polarisation autour d’un dossier devenu l’un des plus médiatisés de l’histoire judiciaire récente du Cameroun.

Vers de nouvelles révélations judiciaires ?

Les conclusions du rapport Bell Bitjoka constituent une étape importante dans la manifestation de la vérité judiciaire. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre demeurent concernant le mobile exact du crime, l’identité de tous les responsables éventuels et les circonstances précises ayant conduit à l’assassinat de Martinez Zogo.

Au fil des audiences, le Tribunal militaire de Yaoundé poursuit l’examen des éléments techniques, des témoignages et des preuves afin d’établir les responsabilités dans une affaire qui continue de captiver l’opinion publique camerounaise et internationale.