Afrique centrale : l’ONU alerte sur la dégradation sécuritaire et le recul des libertés publiques

Réuni à New York le 9 juin 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a dressé un constat préoccupant sur la situation en Afrique centrale. Si certaines avancées démocratiques et institutionnelles sont saluées, l’ONU s’inquiète de la montée de l’insécurité, du rétrécissement de l’espace civique et des conséquences régionales de la guerre au Soudan.

L’Afrique centrale sous surveillance du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité des Nations unies a consacré une séance spéciale à l’évolution de la situation politique et sécuritaire en Afrique centrale. À cette occasion, la sous-secrétaire générale des Nations unies pour l’Afrique, Martha Pobee, a présenté aux quinze membres du Conseil le dernier rapport du secrétaire général António Guterres sur l’état de la sous-région.

Le document met en évidence une réalité contrastée : plusieurs pays poursuivent des réformes institutionnelles et des processus électoraux, tandis que les défis sécuritaires, humanitaires et démocratiques continuent de fragiliser la stabilité régionale.

Des avancées institutionnelles saluées par l’ONU

Les Nations unies reconnaissent les progrès réalisés dans plusieurs États d’Afrique centrale en matière de gouvernance et de réformes politiques. Des processus électoraux et institutionnels sont en cours dans plusieurs pays, notamment au Cameroun, au Tchad, au Gabon et en République du Congo.

L’ONU souligne également le rôle croissant de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) dans la prévention des conflits et la promotion de la paix. L’organisation régionale a notamment lancé un nouveau plan stratégique destiné à lutter contre le trafic de drogue, la criminalité transfrontalière et les réseaux illicites qui alimentent l’instabilité dans la sous-région.

Pour les Nations unies, ces initiatives constituent des signaux encourageants en faveur d’une meilleure coopération régionale face aux défis sécuritaires.

Une insécurité persistante dans plusieurs pays

Malgré ces avancées, le Conseil de sécurité s’inquiète de la détérioration de la situation sécuritaire dans plusieurs zones d’Afrique centrale.

Les groupes armés continuent d’opérer dans différentes régions, profitant de la faiblesse des institutions étatiques et de la porosité des frontières. Les conflits locaux tendent également à avoir des répercussions régionales, accentuant les déplacements de populations et les crises humanitaires.

Selon l’ONU, cette insécurité persistante menace les efforts de développement et complique la mise en œuvre des réformes engagées par plusieurs gouvernements.

Le recul des libertés publiques préoccupe les Nations unies

Le rapport présenté au Conseil de sécurité met également en lumière une réduction progressive de l’espace civique dans plusieurs pays de la sous-région.

Les Nations unies appellent les gouvernements à garantir la liberté d’expression, la participation politique, l’indépendance des médias et le respect des droits fondamentaux. Pour l’organisation, le renforcement de la démocratie et du pluralisme politique demeure une condition essentielle à la stabilité durable de l’Afrique centrale.

L’ONU estime que les progrès institutionnels risquent d’être fragilisés si les citoyens ne disposent pas d’un environnement propice à l’expression démocratique et à la participation à la vie publique.

La guerre au Soudan, principal facteur de déstabilisation régionale

Le conflit au Soudan apparaît comme la préoccupation majeure des Nations unies pour l’Afrique centrale.

Entrée dans sa quatrième année, la guerre a provoqué un afflux massif de réfugiés vers les pays voisins, notamment le Tchad. Selon les chiffres présentés au Conseil de sécurité, plus de 900 000 réfugiés soudanais ont trouvé refuge sur le territoire tchadien, auxquels s’ajoutent près de 300 000 Tchadiens revenus du Soudan.

Cette pression démographique exerce une forte tension sur les ressources locales, les services sociaux et la cohésion communautaire dans l’est du Tchad. Les Nations unies redoutent une aggravation de la crise humanitaire si l’assistance internationale n’est pas renforcée.

Les priorités définies par le Conseil de sécurité

À l’issue des discussions, trois priorités majeures ont été identifiées par les membres du Conseil de sécurité :

* Renforcer la protection des libertés publiques et préserver l’espace démocratique ;

* Accroître le soutien humanitaire et financier au Tchad face à l’afflux massif de réfugiés soudanais ;

* Soutenir la CEEAC dans la mise en œuvre de son plan régional de lutte contre la criminalité transfrontalière et les groupes armés.

Les Nations unies estiment que ces actions sont indispensables pour prévenir une dégradation plus importante de la situation sécuritaire dans la sous-région.

Une région à un tournant décisif

Pour le Conseil de sécurité, l’Afrique centrale se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son évolution. Les réformes institutionnelles engagées dans plusieurs pays témoignent d’une volonté de consolidation démocratique, mais les crises sécuritaires et humanitaires continuent de représenter des menaces majeures.

L’ONU appelle ainsi les États de la région et leurs partenaires internationaux à renforcer leur coopération afin de préserver la stabilité, promouvoir la bonne gouvernance et répondre aux défis sécuritaires qui pèsent sur l’avenir de l’Afrique centrale.