Burkina Faso – Union européenne : Ouagadougou fustige une résolution européenne et défend sa souveraineté

Nouvel épisode de tension diplomatique entre Ouagadougou et Bruxelles. Le gouvernement burkinabè a vivement réagi à l’adoption d’une résolution du Parlement européen consacrée à la situation des libertés fondamentales et de la sécurité au Burkina Faso. Jugeant le texte « néocolonialiste » et fondé sur des informations « erronées», les autorités burkinabè ont convoqué le chef de la délégation de l’Union européenne pour lui faire part de leur « *désapprobation* », de leur « déception » et de leur « dégoût ».

Une résolution européenne qui provoque la colère de Ouagadougou

La polémique trouve son origine dans une résolution adoptée par le Parlement européen sur la situation des libertés publiques, de l’espace civique et de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. Le texte s’inquiète notamment des restrictions visant certains acteurs de la société civile, des médias et des défenseurs des droits humains dans le contexte de la transition politique dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré.

En réaction, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne au Burkina Faso, Philippe Bronchain, afin de lui transmettre officiellement la position du gouvernement.

Le Burkina Faso dénonce une « ingérence » et des accusations infondées

Lors de cette rencontre diplomatique, le chef de la diplomatie burkinabè a dénoncé une résolution qu’il considère comme fondée sur des informations inexactes et une méconnaissance de la réalité du terrain. Selon lui, le Parlement européen ne peut se substituer aux autorités nationales pour juger de la gestion des questions sécuritaires et politiques du pays.

Ouagadougou estime que les efforts déployés par le Burkina Faso, le Mali et le Niger dans la lutte contre le terrorisme au Sahel sont insuffisamment pris en compte par les institutions européennes. Les autorités burkinabè reprochent également à certains responsables européens d’ignorer les conséquences régionales de l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011, souvent présentée par les pays de l’AES comme l’un des facteurs de déstabilisation du Sahel.

La souveraineté au cœur du discours des autorités burkinabè

Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, la défense de la souveraineté nationale constitue l’un des principaux axes du discours officiel. Les autorités de transition affirment vouloir définir elles-mêmes leurs priorités sécuritaires, diplomatiques et économiques sans influence extérieure.

Cette position s’est traduite par une redéfinition des partenariats internationaux du Burkina Faso, notamment à travers le rapprochement avec le Mali et le Niger au sein de la Confédération des États du Sahel (AES).

Des relations de plus en plus complexes avec l’Union européenne

La controverse intervient dans un contexte déjà marqué par des divergences entre Ouagadougou et plusieurs partenaires occidentaux sur les questions de gouvernance, de sécurité et de droits humains. Malgré ces tensions, l’Union européenne demeure un partenaire important du Burkina Faso dans les domaines de l’aide humanitaire, du développement et de l’assistance aux populations affectées par la crise sécuritaire.

L’ambassadeur de l’Union européenne, Philippe Bronchain, a indiqué avoir pris note des préoccupations exprimées par les autorités burkinabè et s’est engagé à transmettre leur message aux institutions européennes.

Quels enjeux pour la suite ?

Au-delà de l’incident diplomatique, cet épisode illustre les tensions croissantes entre plusieurs pays du Sahel et certaines institutions européennes. Alors que le Burkina Faso poursuit sa lutte contre les groupes armés terroristes et cherche à affirmer son autonomie stratégique, les questions liées aux libertés publiques, à la gouvernance et aux droits fondamentaux continuent d’alimenter les débats entre Ouagadougou et ses partenaires internationaux.

L’évolution de ces relations sera particulièrement suivie dans les prochains mois, alors que le Burkina Faso poursuit sa transition politique et ses efforts de reconquête sécuritaire.