Cameroun : 1 599 cas de violences basées sur le genre recensés en quatre mois, l’alerte rouge est déclenchée

Entre janvier et avril 2026, le Cameroun a enregistré 1 599 cas de violences basées sur le genre (VBG), dont plusieurs dizaines de féminicides. Ces chiffres, révélés par les autorités compétentes, mettent en lumière l’ampleur d’un phénomène qui continue de menacer la sécurité, la santé et les droits fondamentaux des femmes et des filles à travers le pays. Face à cette situation préoccupante, les appels à un renforcement des mécanismes de protection et à l’adoption d’une législation spécifique se multiplient.

Une hausse inquiétante des violences faites aux femmes

Les violences basées sur le genre demeurent l’un des défis sociaux majeurs auxquels le Cameroun est confronté. Selon les données communiquées par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 1 599 cas ont été recensés entre janvier et avril 2026.

Ces statistiques regroupent diverses formes de violences, notamment les agressions physiques, les violences psychologiques, les abus sexuels, les violences économiques ainsi que les féminicides.

Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de femmes et de jeunes filles confrontées à des situations de vulnérabilité qui affectent leur santé, leur sécurité et leur participation à la vie sociale et économique.

*Les féminicides, une tendance alarmante*

Parmi les cas enregistrés figurent plusieurs dizaines de féminicides, un phénomène qui suscite une vive inquiétude au sein de la société civile et des institutions publiques.

Les données disponibles montrent une progression constante de ces crimes ces dernières années. Le nombre de féminicides recensés au Cameroun est passé de 50 cas en 2023 à 77 cas en 2025, soit une augmentation significative de plus de 50 %.

Les premiers mois de l’année 2026 semblent confirmer cette tendance, alimentant les préoccupations quant à l’efficacité des dispositifs actuels de prévention et de protection des victimes.

*Le silence et la sous-déclaration compliquent la lutte*

Les spécialistes de la lutte contre les violences basées sur le genre estiment que les statistiques officielles ne reflètent qu’une partie de la réalité.

De nombreuses victimes choisissent de ne pas signaler les violences qu’elles subissent, par crainte des représailles, de la stigmatisation sociale ou encore du manque de confiance dans les mécanismes de prise en charge.

Dans certaines communautés, les violences conjugales ou familiales continuent d’être perçues comme des affaires privées, ce qui contribue à maintenir une culture du silence et favorise l’impunité des auteurs.

*Les organisations de défense des droits des femmes réclament une loi spécifique*

Face à l’ampleur du phénomène, les associations de défense des droits des femmes, les organisations féministes et plusieurs partenaires internationaux plaident pour l’adoption d’une loi spécifique contre les violences basées sur le genre.

Selon ces acteurs, un cadre juridique renforcé permettrait d’améliorer la protection des victimes, de faciliter les poursuites judiciaires et de durcir les sanctions contre les auteurs de violences.

Le projet de loi, évoqué depuis plusieurs années, est considéré comme un outil essentiel pour renforcer la réponse institutionnelle face à cette problématique.

Prévention, sensibilisation et accompagnement : les défis à relever

Au-delà du volet répressif, les experts insistent sur la nécessité de renforcer les actions de prévention et d’éducation.

Ils recommandent notamment :

* la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes ;

* le renforcement de l’autonomisation économique des femmes ;

* l’amélioration de l’accès aux services de santé et d’accompagnement psychologique ;

* le développement de mécanismes de protection accessibles dans toutes les régions du pays.

Plusieurs organisations locales poursuivent déjà un travail de sensibilisation et d’assistance auprès des victimes, mais les besoins restent considérables.

Un enjeu majeur pour le développement du Cameroun

Les violences basées sur le genre ne constituent pas seulement une question de sécurité ou de justice. Elles représentent également un frein au développement économique, à la cohésion sociale et à la réalisation des objectifs de développement humain.

La protection des femmes et des filles est aujourd’hui reconnue comme un levier essentiel pour construire une société plus inclusive, plus équitable et plus résiliente.

Une urgence nationale qui appelle une mobilisation collective

Avec 1 599 cas enregistrés en seulement quatre mois, l’année 2026 pourrait devenir l’une des plus préoccupantes en matière de violences faites aux femmes au Cameroun.

Les autorités publiques, les organisations de la société civile, les partenaires internationaux, les leaders communautaires et les familles sont appelés à unir leurs efforts pour lutter contre ce fléau.

Au-delà des statistiques, l’enjeu est de protéger des vies, de restaurer la dignité des victimes et de bâtir un environnement où chaque femme et chaque fille peut vivre en sécurité.