Kenya : le ministre de la Santé affirme avoir ordonné l’arrêt du projet américain de centre de traitement d’Ebola

Nouveau rebondissement dans la controverse autour du projet américain de centre de quarantaine et de traitement d’Ebola au Kenya. Le ministre kényan de la Santé, Aden Duale, a assuré devant la Haute Cour de Nairobi avoir ordonné l’arrêt immédiat des travaux du site soutenu par les États-Unis après avoir été reconnu coupable d’outrage à la justice pour non-respect d’une précédente décision judiciaire. Cette affaire, qui suscite de vives tensions au Kenya, soulève des questions de souveraineté, de santé publique et de coopération internationale.

Une décision judiciaire qui contraint le gouvernement à reculer

Le ministre de la Santé, Aden Duale, a comparu devant la justice kényane après que la Haute Cour eut estimé que les autorités n’avaient pas respecté une ordonnance suspendant les travaux du centre de quarantaine prévu sur la base aérienne de Laikipia, près de Nanyuki.

Face aux juges, le ministre a affirmé avoir donné des instructions pour interrompre immédiatement les travaux. Il a également présenté ses excuses au tribunal, expliquant qu’il n’avait jamais eu l’intention de défier l’autorité judiciaire. La Cour a accepté ses excuses tout en lui adressant un avertissement contre toute nouvelle violation de ses décisions.

Un projet américain au cœur de la polémique

Le centre controversé devait accueillir des citoyens américains potentiellement exposés au virus Ebola lors de missions effectuées en Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo, où une épidémie est en cours.

Selon les autorités américaines, l’installation devait disposer d’une cinquantaine de lits de quarantaine et s’inscrire dans un programme plus large de préparation sanitaire financé par Washington à hauteur d’environ 13,5 millions de dollars.

Cependant, de nombreux Kényans ont dénoncé l’idée que leur pays serve de site d’isolement pour des ressortissants étrangers potentiellement exposés à Ebola, estimant que cette responsabilité devrait être assumée directement par les États-Unis.

*Des manifestations et une forte opposition populaire*

Depuis l’annonce du projet, plusieurs manifestations ont été organisées à Nanyuki et dans d’autres villes du pays.

Des organisations de la société civile, des associations médicales ainsi que des groupes de défense des droits constitutionnels ont saisi la justice pour demander la suspension du projet. Les requérants estiment que le gouvernement n’a pas suffisamment consulté la population et que les risques sanitaires n’ont pas été clairement expliqués.

Les protestations ont parfois dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, causant plusieurs morts et blessés selon des médias internationaux.

Le gouvernement défend toujours le projet

Malgré la suspension des travaux, les autorités kényanes continuent de défendre le bien-fondé de l’initiative.

Le ministre de la Santé affirme que les craintes selon lesquelles le centre pourrait favoriser l’introduction du virus Ebola au Kenya ne reposent sur aucun fondement scientifique. Le président William Ruto a également soutenu le projet, le présentant comme un élément du renforcement des capacités nationales de préparation aux urgences sanitaires.

Toutefois, la justice a ordonné au gouvernement de rendre publics les accords conclus avec les États-Unis ainsi que les protocoles de sécurité prévus pour l’exploitation de l’installation.

Un débat entre coopération sanitaire et souveraineté nationale

Au-delà de la question sanitaire, l’affaire alimente un débat plus large sur les relations entre Nairobi et Washington.

Pour les partisans du projet, cette coopération permettrait de renforcer les infrastructures médicales kényanes et d’améliorer la préparation du pays face aux maladies infectieuses. Pour ses détracteurs, elle constitue une atteinte à la souveraineté nationale et expose inutilement le Kenya à des risques sanitaires.

La décision finale de la justice kényane sera particulièrement attendue, car elle pourrait déterminer l’avenir du projet et redéfinir les conditions de la coopération sanitaire entre le Kenya et les États-Unis.