RDC : la justice militaire alourdit les peines dans l’affaire des experts de l’ONU assassinés au Kasaï, un colonel condamné à mort

Neuf ans après l’assassinat des experts de l’ONU Zaida Catalán et Michael Sharp dans la région du Kasaï, la justice militaire congolaise a rendu un arrêt majeur en appel. La Haute cour militaire a considérablement alourdi plusieurs peines, condamnant notamment le colonel Jean De Dieu Mambweni Lutete à la peine de mort. Cette décision relance le débat sur la lutte contre l’impunité, la responsabilité des acteurs impliqués et la quête de vérité dans l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire récente de la République démocratique du Congo.

La Haute cour militaire durcit les sanctions en appel

Réunie à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa, la Haute cour militaire a rendu son verdict le 8 juin 2026 dans le cadre du procès en appel relatif au meurtre des experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Kasaï.

Parmi les décisions les plus marquantes figure la condamnation à mort du colonel Jean De Dieu Mambweni Lutete, ancien officier de l’ex-21e Région militaire. En première instance, en janvier 2022, celui-ci avait été condamné à dix ans de servitude pénale principale. À la suite de l’appel introduit par l’auditeur général des Forces armées de la RDC, la juridiction supérieure a finalement retenu contre lui les chefs de « violation des consignes » et de « *crime de guerre par meurtre*», justifiant selon elle une peine plus sévère.

Cette décision marque un tournant important dans une affaire qui continue de susciter une forte émotion au sein de la communauté internationale.

Seize condamnations à mort prononcées

Outre le colonel Mambweni, quinze autres prévenus ont également été condamnés à la peine capitale. La Haute cour militaire estime qu’ils ont joué un rôle direct ou indirect dans les événements ayant conduit à la mort des deux experts onusiens et de leurs accompagnateurs.

Deux accusés mineurs au moment des faits ont toutefois été exclus de la procédure, la Cour s’étant déclarée incompétente pour les juger. L’action publique a également été déclarée éteinte pour plusieurs prévenus décédés au cours de l’instruction.

Même si la peine de mort demeure prévue dans la législation congolaise, elle n’est généralement plus exécutée en pratique depuis plusieurs années, les condamnations étant souvent commuées en peines de prison à perpétuité.

Retour sur l’assassinat de Zaida Catalán et Michael Sharp

L’affaire remonte au 12 mars 2017. Ce jour-là, les experts de l’ONU Zaida Catalán, ressortissante suédoise, et Michael Sharp, citoyen américain, enquêtent sur les violences liées à l’insurrection Kamuina Nsapu dans la région du Kasaï Central.

Accompagnés de plusieurs collaborateurs congolais, ils disparaissent dans le village de Moyo Musuila alors qu’ils effectuent une mission de terrain destinée à documenter les exactions commises dans la région.

Leurs corps sont retrouvés deux semaines plus tard à proximité de Kananga. Les circonstances particulièrement violentes de leur mort provoquent une onde de choc internationale et entraînent l’ouverture d’une vaste enquête judiciaire.

Depuis lors, cette affaire est devenue un symbole des difficultés rencontrées par la justice congolaise dans le traitement des crimes liés aux conflits armés.

Des critiques persistantes sur le déroulement de la procédure

Malgré les condamnations successives, plusieurs organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer les limites du processus judiciaire.

Des ONG internationales estiment que certaines zones d’ombre demeurent, notamment concernant les éventuelles responsabilités de personnalités civiles ou militaires qui n’auraient pas été poursuivies. D’autres critiques portent sur les conditions de certaines auditions, le recours aux procès par contumace ou encore la protection insuffisante de certains témoins.

Pour plusieurs observateurs, la décision rendue en appel constitue une avancée judiciaire importante, mais ne répond pas encore à toutes les interrogations entourant cette affaire complexe.

Les familles des accompagnateurs congolais réclament toujours justice

Au-delà du sort réservé aux experts de l’ONU, les proches des accompagnateurs congolais disparus continuent de réclamer vérité et reconnaissance.

Plusieurs familles dénoncent une médiatisation largement centrée sur les victimes internationales alors que les Congolais ayant perdu la vie dans la même tragédie restent relativement absents du débat public.

Près de neuf ans après les faits, elles demandent que les enquêtes concernant leurs proches soient pleinement intégrées au processus judiciaire afin que toutes les victimes bénéficient du même niveau d’attention et de justice.

Une affaire emblématique de la lutte contre l’impunité en RDC

L’arrêt rendu par la Haute cour militaire constitue l’une des décisions judiciaires les plus importantes de ces dernières années en République démocratique du Congo. En alourdissant les peines prononcées dans l’affaire des experts de l’ONU assassinés au Kasaï, la justice congolaise entend envoyer un signal fort contre l’impunité.

Toutefois, de nombreuses questions demeurent sur les responsabilités exactes de l’ensemble des acteurs impliqués et sur le sort des victimes congolaises associées à cette tragédie. Neuf ans après les faits, la quête de vérité et de justice continue de marquer ce dossier devenu emblématique des défis judiciaires et sécuritaires de la RDC.